Français English 



Foire aux questions

Qu'est-ce qu'un « délaissé » ?


Ce terme regroupe certaines friches industrielles et sous-produits industriels qui constituent une charge pour la société dans les conditions réglementaires et technologiques actuelles. Les friches industrielles à faible pression foncière et/ou celles faisant l'objet d'une interdiction de bâtir (risque minier, pollution) constituent un lourd passif pour la société, le plus souvent complexe à gérer. Les sous-produits industriels, le plus souvent considérés comme des déchets, peuvent induire une perte de compétitivité pour nos industries locales, contraintes d'envisager des solutions coûteuses pour les évacuer et/ou les traiter (incinération, centre de stockage, etc.). L'un des objets majeurs du projet de recherche est de trouver une voie de valorisation de ces délaissés au sein de la filière LORVER.


Qu'est-ce que la construction de sol ?


La construction de sol est une écotechnologie qui a pour objectif d'assurer la réhabilitation de sites dégradés en restituant au sol ses propriétés agronomiques, afin de permettre sa revégétalisation ainsi qu'une recolonisation par la faune du sol. Le procédé fait l'objet d'un brevet commun Valterra/INRA/UL. Son originalité réside dans l'utilisation de sous-produits industriels et de terres traitées, en lieu et place de terre végétale pour construire un sol fertile à coût modéré.
Cliquez pour agrandir l'image

Les matériaux sont associés en différents horizons qui font l'objet d'une formulation optimisée, en fonction du ou des objectifs visés par la réhabilitation :
- refonctionnalisation écologique du site,
- intégration paysagère pouvant s'inscrire dans un projet de réaménagement plus conséquent,
- production de biomasse non alimentaire permettant de réintégrer le foncier dégradé dans le circuit économique local. Le profil de sol à construire est alors optimisé pour la culture d'intérêt,
- confinement hydrique permettant d'éviter le transfert des polluants présents initialement sur les sites.


Cliquez pour agrandir l'image
Chantier de construction de sol
Cliquez pour agrandir l'image
Profil de sol construit

Cliquez pour agrandir l'image
Prairie sur sol construit

Pourquoi parle-t-on de "biomasse"?


La biomasse correspond à l'ensemble des matières organiques (contenant du carbone) d'origine biologique. Dans le cadre du projet LORVER, il s'agit plus spécifiquement de biomasse végétale, c'est-à-dire de plantes destinées à être valorisées sous forme d'énergie ou de matériaux.


La culture du chanvre industriel est-elle émergente en France ?


La France comportait vers 1850 approximativement 176 000 ha de culture de chanvre dans presque toutes les régions. Ses usages étaient multiples, depuis l'habillement jusqu'à la confection de cordes et de voiles pour la marine en passant par l'huile d'éclairage et la papeterie. Cette culture a ensuite connu un déclin du fait la disparition de la marine à voile, de l'avènement sur le marché fibres exotiques et synthétiques, et la prohibition de la culture dans bon nombre de pays occidentaux. Dans les années soixante, le chanvre avait presque disparu de nos campagnes, malgré un contexte réglementaire français plus clément. En effet, la France n'a jamais interdit la culture du chanvre mais a encadré la production (sélection variétale, etc.). La compétence acquise permet aujourd'hui à la France de faire valoir son expérience pour accompagner le renouveau de cette culture grâce à de nouveaux débouchés dans des domaines aussi variés que l'éco-construction, la plasturgie, les litières animales, le paillage horticole, etc.


Qu'est-ce que sont la pyrolyse et la gazéification ?


La pyrolyse du bois correspond à sa décomposition thermique lorsqu'il est chauffé entre 250 et 500°C en absence d'oxygène. On produit alors du charbon, des gaz (CO, CO2, H2,...) et des bio-huiles. Lors d'une gazéification, on ajoute un peu d'oxygène pour convertir au maximum les bio-huiles et le charbon en syn-gaz (CO, H2, CO2, CH4,...). Dans le cas du procédé de pyrolyse-gazéification développé par Sea Marconi dans le projet LORVER, on cherche à produire du syn-gaz mais aussi du charbon (biochar) que l'on valoriserait respectivement en chaleur/électricité et en épandage pour stockage de carbone, fertilisation et séquestration de polluants des sols.


Qu'est-ce que le biochar ? Quelles sont ses perspectives de valorisation ?


Le biochar correspond à un matériau solide produit par chauffage de matières organiques naturelles, en l'absence de l'oxygène de l'air. Ce charbon peut ainsi être obtenu à partir de différentes ressources renouvelables comme le bois (ce qui donne le charbon de bois qu'on peut retrouver dans un barbecue) mais aussi les résidus agricoles, les boues de station d'épuration et globalement tous les types de déchets organiques. Le biochar est très peu biodégradable et contient beaucoup de carbone : son enfouissement dans les sols permettrait donc de stocker durablement du carbone issu de la photosynthèse et de lutter ainsi contre les émissions de gaz à effets de serre. Sa présence dans les sols peut également apporter d'autres avantages, comme une amélioration de leur fertilité pour la production de plantes mais aussi une réduction de la toxicité liée à la présence de polluants. La définition exacte des bénéfices et des limites apportés par l'utilisation des biochars dans les sols fait donc actuellement l'objet de nombreuses recherches dans le monde.


Qu'est-ce qu'un matériau biocomposite ?


Un matériau composite est un assemblage de composants non miscibles ayant une forte capacité d'adhésion. Il possède des propriétés que les composants pris séparément ne possèdent pas. Dans un biocomposite, le renfort synthétique (ex. : fibre de verre, fibre de carbone) est remplacé par des fibres végétales comme la fibre de chanvre ou d'ortie et la résine d'origine pétrochimique (ex. : PVC, polyéthylène…) est remplacée par des résines d'origine végétale (polyester biosourcé, résine à base de tannins…). Outre leur intérêt environnemental certain lié à leur origine et à leur recyclabilité, les biocomposites présentent des densités relativement faibles qui en font matériaux d'avenir notamment pour les industries automobile et aéronautique.

Cliquez pour agrandir l'image



Que sont les éléments traces métalliques ?


Le terme " éléments en traces métalliques " tend à replacer celui de " métaux lourds ". Les métaux sont présents à l'état de traces dans les sols pour des raisons naturelles (fond géochimique) ou suite à des pollutions industrielles, urbaines etc. On trouve, selon les cas, le fer et ses alliages, le zinc, le plomb, le cadmium, le cuivre, le chrome, le nickel, le titane, l'uranium etc. Certains de ces métaux, à faible concentration, sont indispensables à la vie, on les qualifie d'oligo-éléments. Tandis que d'autres sont toxiques. Toutefois la toxicité dépend souvent de la forme chimique sous laquelle se trouve un métal donné. La distribution des formes chimiques s'appelle la spéciation. Elle dépend du pH, des conditions d'oxydo-réduction, et plus généralement de l'environnement chimique et biologique.


Qu'est-ce qu'une plante hyperaccumulatrice ?


Certaines espèces végétales sont capables d'accumuler des quantités fortes et inhabituelles d'éléments en traces métalliques potentiellement phytotoxiques (par exemple Cd, Co, Cu, Pb, Ni et Zn) à partir des sols métallifères. De telles plantes sont appelées hyperaccumulatrices. A ce jour, plus de 400 espèces de plantes hyperaccumulatrices ont été répertoriées de par le monde la plupart d'entre elles (plus de 320 espèces) étant connues pour hyperaccumuler le Ni. En Europe, de telles plantes endémiques se retrouvent sur les sites naturels riches en métaux, comme par exemple les sites ultramafiques serpentiniques riches en Ni, et les mines anciennement exploitées. Elles sont essentiellement représentée par des espèces des genres Alyssum et Noccaea. Un exemple presenté sur les photos est l'espèce Noccaea caerulescens qui peut atteindre des concentrations dans ses parties aériennes jusqu'à 40 000 mg Zn kg-1 et 3 000 mg Cd kg-1.
Cliquez pour agrandir l'image
Nocceae caerulescens, hyperaccumulateur de Zn-Cd, à différents stades de développement


Qu'est-ce que le phytomining ?


Le phytomining ou phytomine a pour objet la valorisation de métaux (ou éléments chimiques) dispersés dans certains sols, grâce à la culture de plantes hyperaccumulatrices. Certains sols naturels ou pollués renferment des concentrations relativement élevées de métaux (nickel, cadmium, zinc, plomb etc.). Toutefois les teneurs sont trop faibles pour que ces métaux soient considérés comme des minerais. Les plantes hyperaccumulatrices permettent d'extraire ces métaux des sols et les stockent dans leurs tissus. Après récolte, on peut mettre en œuvre un procédé pyrométallurgique ou hydrométallurgique pour traiter la biomasse des plantes et récupérer l'élément métallique sous une forme utilisable (métal, sel de métal etc.).
Cliquez pour agrandir l'image
Sur la figure est présenté l'exemple du nickel. Le nickel est naturellement présent dans des sols naturels, dits sols de serpentine, à des teneurs comprises entre 1 et 7 g kg-1. La plante Alyssum murale (photos de gauche) accumule plus de 10 g de nickel par kg de biomasse sèche. On peut arriver ainsi à produire de la biomasse correspondant à 100 kg de nickel par hectare. Un procédé hydrométallurgique a été conçu et breveté pour produire le sel double sulfate de nickel et d'ammonium hexahydraté (photos de droite), qui trouve son application dans le traitement de surface.


Qu'est-ce qu'un service écosystémique ?


Dans le cadre de la filière LORVER, les services visés principalement par la mise en place de nouveaux écosystèmes concernent la production de biomasse végétale, l'atténuation des pollutions du sol et des eaux, la protection de la biodiversité et le stockage de carbone dans la lutte contre le changement climatique, ainsi que certaines fonctions esthétiques et récréatives pour les riverains au contact de ces écosystèmes.


Qu'est-ce qu'une analyse du cycle de vie ? Quel sera son intérêt dans le projet LORVER ?


L'analyse de cycle de vie (ou ACV) est un outil d'analyse environnementale. Régie notamment par les normes ISO 14041-43, elle consiste à inventorier les flux de matières (ressources, produits, déchets, etc.) et d'énergie, sur tout le cycle de vie d'un produit, " du berceau à la tombe ". Cet inventaire sert de base pour évaluer l'impact environnemental de l'objet étudié.

Plusieurs indicateurs peuvent être pris en compte : la consommation de ressources non renouvelables, d'eau ou d'énergie, la toxicité humaine ou environnementale, l'effet potentiel sur le climat, l'eutrophisation des eaux, etc.

Ces impacts sont ensuite mis en relation avec les services rendus par l'objet de l'étude comme par exemple : isoler un mur avec une performance et pour une période donnée. L'ACV peut ainsi permettre de comparer différentes techniques (comme l'isolation en laine de chanvre et celle en polyuréthane).

Les objectifs de l'ACV et les services étudiés influent grandement sur les données à récolter, les indicateurs pris en compte, le niveau de technicité des résultats. Il est donc nécessaire de bien les définir en amont de l'inventaire, puis de vérifier que les objectifs de l'ACV ont bien été atteints au terme d'évaluation des impacts.

Enfin, une analyse de sensibilité évalue la robustesse des résultats face aux incertitudes de mesure, aux variabilités des procédés, à comment les impacts ont été attribués à un produit plutôt qu'à un autre, etc.

Dans le cadre du projet LORVER, l'ACV conduite servira à connaître les impacts environnementaux, positifs et négatifs, de chaque filière. Conjuguée à des données économiques et sociales (coût des ressources, création d'emplois, etc.), elle répondra à deux objectifs principaux :
- identifier les améliorations à conduire pour rendre chaque filière la plus durable possible : viable économiquement, créatrice d'emploi, respectueuse de l'environnement,
- évaluer la pertinence économique, sociale et environnementale de ces filières, par rapport à un scénario de référence (friches maintenues en l'état, absence de valorisation de coproduits, etc.).



Les cultures non alimentaires dédiées ne sont-elles pas contestables d'un point de vue éthique et économique ?


Les cultures non alimentaires servent à produire des biocombustibles ou biomatériaux. Ces produits sont réputés renouvelables et permettent de ralentir l'épuisement des ressources fossiles. Face à leur développement conséquent au début des années 2000 et plus spécifiquement des cultures énergétiques dans le monde, une polémique est née quant aux dangers que pouvaient occasionner une compétition entre agriculture nourricière et non alimentaire. En effet, en soustrayant à l'agriculture vivrière les terres nécessaires à l'implantation de cultures non alimentaires, on s'expose à une diminution de l'offre en ressource nourricière et par conséquent, à une augmentation du prix de cette ressource. La biomasse non alimentaire produite de le cadre de la filière LORVER ne s'inscrit pas dans un schéma de compétition étant donné que de nouvelles surfaces de culture impropres à l'agriculture alimentaire sont mobilisées: les friches industrielles.